Museum Avignon
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Les avens du Mont Ventoux : un piège fatal...
Datations
Les datations absolues réalisées montrent que l'ours brun est bien représenté dans la faune sauvage du nord du Vaucluse du début de l'Holocène à + 900 ans après Jésus-Christ.
Au René Jean, la mise en évidence d'un niveau fossilifère plus profond atteste la fréquentation du Mont Ventoux au Pléistocène supérieur aussi bien par l'ours brun que par l'homme.
On peut ainsi attester la présence de la fouine entre 7.450 et 7.062 avant Jésus-Christ (Néolithique). Il a aussi été possible de dater un chamois dont le sternum a été transpercé par une flèche en Bronze recouverte par un cal osseux de cicatrisation. La date obtenue (3.240 ± 50 BP) permet de situer la découverte au début du Bronze moyen.
Faune associée
Le René Jean a livré les restes de vingt Mammifères en majorité sauvages (trois carnivores, trois ongulés, trois insectivores, sept rongeurs, quatre chiroptères) et d'au moins huit espèces d'oiseaux attestant d'une biodiversité importante de la grande faune du Ventoux en comparaison de la faune moderne.
Au René-Jean, les rongeurs et insectivores caractérisent un milieu tempéré et fermé à proximité de la cavité. Les campagnols et la taupe indiquent la présence d'un couvert pédologique non négligeable. Des indices montrent qu'au moins une petite partie des petits mammifères terrestres ont la prédation comme origine (rapace).
Chez les oiseaux, la présence du grand tétras (Tetrao urogallus) et du vautour moine (Aegypius monachus) est intéressante, ces espèces n'existant plus que dans quelques régions de l'Europe.
Le feu
De nombreux charbons de bois ont été récoltés au René-Jean. Ils proviennent de l'extérieur et ont été entraînés au fond du remplissage en partie par le ruissellement. Leur analyse montre une évolution de la représentativité des arbres au cours du temps, liée à l'ouverture artificielle du milieu par l'Homme (pastoralisme et feu) : forêt de type caducifoliée dominée par les érables à feuille d'Obier (Acer opalus) et son remplacement par une pinède (groupe anatomique du pin sylvestre (Pinus sylvestris) puis une sapinière (Abies alba). La palynologie corrobore la transformation du milieu et confirme l'existence d'un paysage plutôt ouvert, avec des zones boisées formant une sorte de mosaïque. Parmi les arbres, le chêne (Quercus), le pin de type sylvestre (Pinus silvestris) sont les mieux représentés. Viennent ensuite le genévrier (Juniperus) et l'aulne (Alnus) ; le sapin (Abies) ; l'érable (Acer) et le noisetier (Corylus) sont aussi présents mais moins abondants. Quant au hêtre (Fagus), au tilleul (Tilia), à l'orme (Ulmus) et au saule (Salix) leur présence est sporadique. La strate herbacée est dominée par les Composées.
Conclusion
L'aven piège du René Jean doit être considéré comme un site de référence européen pour l'ours brun. Les perspectives scientifiques qu'il offre sont nombreuses.
Grâce à l'ensemble des découvertes réalisées, le paléoenvironnement du Mont Ventoux au début de l'Holocène est mieux précisé ainsi que la faune sauvage de l'époque dont la diversité est remarquable.
L'action de l'Homme sur l'évolution du paysage est aussi perceptible. Le pastoralisme, et son associé traditionnel, le feu, semblent bien être à l'origine des premières déforestations qui ont affecté le Ventoux et ce depuis le Néolithique.
Ce projet a été co-financé par l'Europe (Fonds Européen de développement régional).
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