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Les avens du Mont Ventoux. Une énigme à résoudre...
Une énigme à résoudre
La présence de restes d'ours brun n'est pas exceptionnelle dans les cavités karstiques européennes, mais l'espèce y est toujours connue par des restes épars. Outre le René Jean, le Groupe Spéléologique de Carpentras a localisé sur le flanc nord du Ventoux 17 avens situés entre 1.300 et 1.600 mètres d'altitude. D'une profondeur variant entre 3 à 40 mètres, une dizaine d'entre eux a fourni des restes d'au moins 500 ours qui, d'après l'analyse phylogénétique de séquences partielles de l'A.D.N mitochondrial, peuvent être inclus dans le clade balkanique.
Afin de comprendre pourquoi et comment ces ours bruns se sont trouvés dans ces sites, des opérations de sondages ont été réalisées dans deux d'entre eux : le René Jean (ou MV4) et le réseau des Ammophiles Hérissés (ou MV2). Seul le René Jean fait l'objet de fouilles programmées depuis 1997, après autorisation de l'Office national des Forêts, gestionnaire de la forêt domaniale de Brantes, et de la Direction Régionales des Affaires Culturelles de la région P.A.C.A. Les opérations sont menées à bien grâce à la collaboration du Comité départemental de Spéléologie du Vaucluse et du Groupe Spéléologique de Carpentras.
Une solution...
La fouille du René Jean a permis de préciser les modalités de formation du gisement. Le remplissage est composé de trois unités stratigraphiques formées en totalité par un éboulis de type cryoclastique, plus ou moins ouvert, et dont la stratification reconnue est horizontale. La sédimentation séest effectuée par gravité depuis les parois de l'aven. Le niveau supérieur, d'environ 40 cm d'épaisseur, est composé de blocailles centimétriques et décimétriques sans matrice interstitielle. Dans le niveau intermédiaire, épais en moyenne de 70 cm, les blocs sont mêlés à un sédiment terreux, trés riche en charbons de bois. Dans le niveau de base, le dépôt noirâtre est remplacé par un sédiment jaunâtre, sans charbon et macrofaune. Toutefois, un niveau fossilifère plus profond a été identifié, révélant un remplissage plus complexe que prévu.

De l'outillage...
Au René Jean quatre silex ont été découverts à la base de l'unité stratigraphique médiane. L'homme serait-il descendu au fond du puits ?
L'absence de trace de décarnisation et de dépouillage sur les ossements ne peut le confirmer. L'industrie récoltée provient plutôt du remplissage de la galerie d'entrée et a été entraînée à la base du puits lors de phases de lessivage. Ces objets pourraient témoigner, sous réserve d'autres découvertes qui viendraient renforcer cette hypothèse, d'une fréquentation assidue du secteur du René Jean par des chasseurs (présence d'armatures) au Néolithique (plus probablement durant les phases récentes de cette période  : Chasséen récent et Néolithique final) ; fréquentation clairement attestée au réseau des Ammophiles Hérissés (ou MV2) par la découverte de tessons de poterie et plus tard, au Bronze moyen, à l'aven du vieux Chamois (ou MV 9) par celle d'un sternum de chamois transpercé par une flèche en bronze.

Une abondance exceptionnelle
Un nombre considérable d'ossements a été découvert (25.000 environ tous sites confondus) qui appartiennent en majorité à l'ours. Au René-Jean, tous les éléments squelettiques sont présents mais très peu de connexions anatomiques ont été observées. Actuellement 28 adultes et 9 sub-adultes sont identifiables. Les données crâniennes, dentaires et post-céphaliques, montrent une nette sur-représentation des femelles sur les mâles. De nombreux os rongés (8 à 10 %) sont présents. Ces traces de morsures et de mâchonnement ne concernent que les éléments post-crâniens (humérus et fémurs principalement) d'animaux adultes et démontrent que quelques individus ont survécu quelque temps à leur chute en consommant des portions de cadavres.
Pour tous les sites, les jeunes dominent l'assemblage. Leur âge s'échelonne de 3 mois et une semaine à 5 mois et demi, la majorité ayant 4 mois et une semaine. Il s'agit donc d'individus ayant chuté à la sortie de l'hibernation. Les juvéniles, moins nombreux, sont âgés de 14 à 18 mois (animaux en première année d'autonomie).
Les abris du Mont Ventoux sont assimilés à des stations d'hibernation fréquentées, de façon récurrente (continue ?), par des ours et leur progéniture. La présence des mâles peur être interprétée diversement : fréquentation sporadique d'individus erratiques, alternance dans les occupations des abris, attraction des cadavres tombés dans les puits.

Ce projet a été co-financé par l'Europe (Fonds Européen de développement régional).
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